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En crèche comme à la maison : comment accompagner les émotions des enfants en 2026 ?

  • Photo du rédacteur: Laetitia Germaine
    Laetitia Germaine
  • 14 janv.
  • 6 min de lecture


Accompagner les émotions des enfants peut être un défi, autant pour les parents que pour les professionnels de la petite enfance. Entre colères, frustrations, pleurs ou oppositions, il est parfois difficile de trouver la bonne posture. Dans cet article, découvrez des stratégies simples, efficaces et bienveillantes pour accompagner les émotions dans un cadre sécurisant, que ce soit en crèche ou à la maison.



Comprendre l’émotion : un message, pas un caprice !!


L’émotion n’est pas un problème à corriger, mais un message à écouter.

Elle informe d’un besoin non satisfait :

  • Sécurité : peur de se séparer, crainte d’un changement

  • Lien et connexion : besoin d’être rassuré, pris dans les bras, reconnu

  • Autonomie : envie de faire seul, d’explorer ou d’expérimenter

  • Attention : besoin d’être entendu, d’exister aux yeux de l’adulte

  • Repos : fatigue accumulée, besoin de pause, rythme non respecté

  • Compréhension : besoin que l’adulte explique, reformule, donne du sens

En écoutant ce message plutôt qu’en le jugeant, l’adulte peut répondre de manière plus juste, adaptée et apaisée.

 

Un cerveau en construction : pourquoi l’enfant réagit si fort ?

Le jeune enfant n’est pas “immature” au sens négatif du terme. Il est en pleine construction neurologique.

  • Le cerveau émotionnel (amygdale, système limbique) est déjà très actif dès la naissance. C’est lui qui déclenche l’émotion.

  • Le cerveau réflexif (cortex préfrontal), responsable de la gestion, de la régulation, du recul, n’est pas encore développé. Il se construit lentement, jusqu’à l’âge de 25 ans !

Cela signifie que l’enfant vit l’émotion, sans pouvoir la moduler, l’expliquer ou la contenir seul.

Il n’a pas encore les capacités pour relativiser, attendre, rationaliser, anticiper, se calmer seul, exprimer verbalement ce qu’il ressent

C’est donc normal qu’il réagisse intensément, notamment entre 18 mois et 4 ans, où le cerveau émotionnel est très actif alors que les zones de régulation sont encore en maturation

 

Une émotion intense ≠ un manque d’éducation

Une réaction forte ne signifie pas que l’enfant est mal élevé ou qu’il “n’écoute pas”.

Les émotions ne sont pas un problème d’obéissance, mais un phénomène biologique.

L’enfant n’a pas encore de filtre et il ne peut pas “se contenir” comme l’adulte le souhaiterait.

Il n’a pas l’intention de manipuler : il réagit.

L’enfant n’a pas le contrôle de l’émotion, mais il a besoin du contrôle de l’adulte.

L’émotion déborde hors de lui, littéralement, parce que son cerveau n’est pas équipé pour la gérer seul.


Accueillir l’émotion : être le phare, pas la tempête

Accueillir l’émotion ne veut pas dire accepter n’importe quel comportement. Cela signifie reconnaître ce que l’enfant ressent, afin de l’aider à traverser ce moment.

C’est une confusion fréquente chez les adultes : on croit que si l’on accueille la colère ou la tristesse, on encourage le “caprice” ou on perd le contrôle. En réalité, c’est tout l’inverse. Accueillir l’émotion, c’est reconnaître ce que l’enfant vit intérieurement : “Tu es frustré, je le vois.”

Mais accueillir ne veut pas dire valider un comportement inadapté. Le cadre reste essentiel : il protège l’enfant, les autres, et la relation. Dire “Je comprends ta colère, mais je ne te laisserai pas taper, crier, jeter …” envoie un message puissant : ton émotion est acceptable, ton comportement ne l’est pas. Cela montre à l’enfant que l’adulte est un repère stable qui sait rester présent, même dans la tempête. Ce sont justement ces limites, posées avec calme et constance, qui permettent à l’enfant de se sentir en sécurité pour exprimer et traverser son émotion.



Les 4 étapes pour accompagner les émotions des enfants

 

1️⃣ Observer l’émotion sans interpréter

Avant d’agir, on observe :

  • le corps de l’enfant

  • ses signaux

  • son comportement

  • le contexte

Cette observation neutre évite de projeter nos propres émotions ou jugements.

Exemple : « Je vois que tu serres ton doudou fort et que tu as du mal à respirer calmement. Tu sembles très en colère. »


2️⃣ Nommer l’émotion pour rendre l’enfant acteur de ce qu’il ressent

Nommer permet de réguler. Cela normalise et sécurise : “tu n’es pas seul avec ce que tu ressens”.

Exemple : « Tu es frustré », « Tu es contrarié », « Tu es triste de me voir partir », etc...

Cela ne veut pas dire que l’émotion “passe” d’un coup, mais l’enfant comprend ce qu’il vit.


3️⃣ Accueillir et contenir sans chercher à faire taire

Accueillir ne signifie pas céder. Accueillir signifie rester présent, même si l’émotion est inconfortable.

C’est ici que le rôle de l’adulte est crucial : il devient le contenant.

  • rester calme

  • rester accessible

  • poser un cadre

  • éviter les discours trop longs

Exemple : « Je suis là. Tu peux être en colère, je reste près de toi. »

L’enfant se régule grâce au calme de l’adulte, par un phénomène d’“emprunt émotionnel”.


4️⃣ Guider l’enfant vers la solution et l’apaisement

Une fois l’émotion redescendue, on peut guider pour :

  • proposer une solution

  • rappeler la règle

  • réfléchir à l’alternative

  • encourager une réparation si besoin

  • proposer un temps calme

L’objectif n’est pas de « régler » la situation immédiatement, mais d’aider l’enfant à trouver ses propres ressources au fil du temps.

Exemple : « La prochaine fois que tu es trop énervé, tu pourras venir me voir ou aller dans le coin calme. On s’entraînera ensemble. »



Des exemples concrets : crèche vs maison


En crèche : gérer la frustration et le conflit

Un enfant mord un autre parce qu’il voulait le jouet.

Observer → “Je vois que tu es très en colère.”

Nommer → “Tu voulais ce jouet et tu étais frustré.”

Contenir → “Je comprends ta frustration mains on ne mord pas. Je suis là pour t’aider.”

Guider → “Il est interdit de mordre, comment faire la prochaine fois que tu veux un jouet?" on peut proposer de demander de l'aide ou attendre son tour.


À la maison : gérer les séparations difficiles

L’enfant fait une crise au moment de se séparer le matin.

Observer → pleurs, agitation.

Nommer → “Tu es triste de me laisser, c’est difficile pour toi.”

Contenir → câlin, voix calme.

Guider → rituel d'au revoir, mise en place d’un symbole transitionnel (dessin, cœur dans la main…).



Outils : comment rester calme en tant qu’adulte pendant la tempête émotionnelle de l’enfant ?


L’émotion de l’enfant réveille souvent celle de l’adulte : stress, colère, agitation.

Garder son calme avant d’intervenir, change tout.

Voici quelques outils simples et rapides pour garder le contrôle de ses propres émotions avant d'agir:


1️⃣ Respirer pour réactiver le calme intérieur

La respiration est le moyen le plus rapide de calmer le système nerveux.

Une seule respiration profonde peut déjà réduire la tension interne.

Exercice express : 4 – 2 – 6 :

  • Inspire par le nez 4 secondes

  • Bloque 2 secondes

  • Expire lentement 6 secondes

L’expiration longue active le système parasympathique et envoie un message de calme au cerveau.


2️⃣ Se dire intérieurement une phrase ressource

Se parler à soi-même permet de reprendre le contrôle de son état interne.

Quelques exemples :

  • « Ce n’est pas contre moi. »

  • « Il vit une émotion, je reste l’adulte. »

  • « Je peux gérer. J’ai le temps. »

  • « Il a besoin de mon calme, pas de mon agitation. »

Cela aide à décoller l’émotion de l’enfant de son propre vécu.


3️⃣ S’ancrer physiquement dans le corps

Le stress se manifeste dans le corps : épaules tendues, mâchoire serrée, souffle court.

S’ancrer permet de revenir dans le moment présent.

Mini-exercices d’ancrage :

  • poser les pieds bien à plat et sentir le sol

  • relâcher volontairement les épaules

  • ouvrir les mains au lieu de les contracter

  • ralentir volontairement ses gestes

Le corps envoie alors un signal de sécurité au cerveau.


4️⃣ Prendre un micro-temps avant d’intervenir

Lorsque l’émotion de l’enfant monte, l’adulte peut avoir tendance à réagir immédiatement.

Mais réagir vite n’est pas nécessaire. Réagir juste, oui.

Tu peux prendre 2–3 secondes avant de parler ou d’agir.

Ces quelques secondes changent tout : elles permettent d’éviter la réaction impulsive et d’adopter une posture plus ajustée.


5️⃣ Réajuster son ton et sa gestuelle

Les enfants sont extrêmement sensibles au ton de la voix, au rythme et aux gestes de l’adulte.

Pour apaiser :

  • parle plus lentement

  • baisse le volume

  • adopte une posture ouverte

  • approche-toi à hauteur de l’enfant

Ces signaux non verbaux communiquent la sécurité plus efficacement que les mots.



« Un enfant n’a pas besoin d’un adulte parfait, mais d’un adulte présent, stable et disponible. »



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